Nous décidons de passer le WE du 26 dans le Kerala, qui est une région au sud ouest de Bangalore, et dont on nous a vanté la beauté naturelle.Nous y passerons donc 3 jours, le lundi étant férié pour cause de fête religieuse du nom de Diwali, et ce jour nous ayant été gracieusement accordé par nos chefs.
L'objectif est de visiter les canaux et leurs alentours en nous promenant sans effort dans un "boathouse" au sein des "Backwaters", comprenez une maison sur un bateau.
Le taxi qui nous emmène à l'aéroport est le plus confortable jamais emprunté, c'est une Logan, l'intérieur est propre, silencieux et douillet, légèrement parfumé; le parfum est certes artificiel, mais propice à l'éveil doux et progressif de nos sens à l'aube naissante de ce samedi.Si tôt (il est 4h), nous croisons peu de monde sur la route, hormis les chanceux comme nous qui peuvent s'offrir un WE en dehors de la ville, et que nous accompagnons jusque l'aéroport.Sur le chemin, nous voyons très peu de signes visibles d'activité. de loin en loin, les lumières des chantiers d'habitation s'allument et brillent, laissant apparaître en ombres chinoises les silhouettes des ouvriers matinaux qui s'étirent longuement avant de se mettre à l'ouvrage; au rond point, on aperçoit le fantôme d'un tracteur qui s'éloigne lourdement et silencieusement dans la nuit, figure improbable en pleine journée, mais à laquelle la nuit finissante confère une majesté certaine.La ville s'éveille doucement; d'ici quelques heures, elle bourdonnera de l'agitation harmonieuse et incessante de ses habitants.
Nous gagnons la voie rapide qui s'étire en dehors de la ville vers la promesse d'un WE sous des cieux plus cléments (il pleut à Bangalore); mes compagnons de route ont cédé au sommeil, je prendrai certainement leur relais dans l'avion!
L'avion est annoncé à l'heure, et après tous les contrôles d'usage (qui semblent très nombreux et rigoureux, mais qui ont certainement un pouvoir plus dissuasif que réellement sanctionnant), nous montons enfin dans l'avion. Celui-ci nous dépose une heure plus tard dans l'aéroport de Cochin, où nous attend notre chauffeur envoyé par l'agence avec une pancarte à notre nom (la classe!). Ici il fait plutôt beau, le soleil timide de cette matinée est malgré tout prometteur, il sèchera vite les dernières traces de pluie que nous apercevons au sol.
La voiture nous emmène vers la ville même de Cochin, que nous avons le temps de visiter avant de nous rendre à l'embarcadère.Il s'agit d'une ville réputée historique, et nous établissons un parcours de santé léger:
- d'abord le port de pêche, avec ses grands filets bleus que les pêcheurs finissent de nettoyer, à peine accrochés aux mâts, se balançant en équilibre précaire au dessus du vide;et leurs vendeurs qui présentent le poisson encore frétillant aux acheteurs touristes comme nous, ou aux connaisseurs et autres cuisiniers des grands restaurants du coin;
- ensuite un magasin supposé nous présenter des vêtements indiens et toute une quantité d'objets associés, mais qui nous déçoit beaucoup, parce qu'il n'est en fait qu'une fausse boutique bohème où seuls les riches touristes peuvent trouver leur bonheur;
- puis une église catholique, très simple, au sein de laquelle le fidèle est prié d'ôter ses chaussures, comme dans la plupart des lieux saints ici;
- puis le quartier juif de la ville, très touristique, avec ses milliers de petites boutiques alignées dont le propriétaire est planté sur le pas de porte, à l'affût du client étranger;Ces propriétaires savent repérer les flâneurs indécis, et en un clin d'oeil, vous font réaliser que, oui! vous aviez toujours rêvé de cet éléphant en marbre à 5000 rupee, pour pouvoir l'offrir à votre tante que vous n'avez pas vu depuis longtemps (on dirait presque qu'il connaît la famille!), et ça tombe bien, il est dans son magasin!Et comme vous êtes sympathiques, il vous fait une ristourne, sans même avoir besoin de demander, l'éléphant choit à 3500 rupee!Il faut donc faire preuve de beaucoup d'habileté pour échapper sans dommage à ce genre de pièges, et nous nous y employons de notre mieux pendant 2 bonnes heures...
- pour finir, la synagogue du quartier; pour y rentrer, il faut être vêtu correctement: un "chasseur" détecte et dénonce le moindre bout de chair qui aurait l'audace de dépasser.Aurélie et moi (on nous reproche toujours d'avoir 3000 bouts de tissus qui traînent partout, pour le coup ça a bien servi!) nous habillons donc pour rentrer, tandis que les garçons (en bermuda et tongs) nous attendent dehors.L'intérieur est très différent d'un église catholique: aucune représentation de la divinité; au plafond pendent des dizaines de candélabres, qu'on imagine allumés de nuit dans une farandole de lumières joyeuses au dessus des têtes des fidèles;la pièce, unique, est relativement petite, avec une sorte de chaire en bois en son centre, tournée vers l'autel principal, caché à nos yeux impurs par un lourd tissu bleu roi. Le long des deux murs de côté courent des bancs de bois très simples, certainement prévus pour soutenir les croyants fatigués.Une mezzanine, à laquelle nous n'avons pas accès, semble offrir quelques rangs de bancs en bois supplémentaires, probablement réservés aux fidèles notables de la ville.L'ensemble est très paisible, peu décoré hormis les lustres, mais dégage une sorte de richesse dans la simplicité, tout à fait remarquable.
Le temps file, avec toutes ces découvertes, et le chauffeur nous fait signe qu'il est temps de gagner le bateau. Sur la route qui y mène, de nombreux monticules bruns clairs de ce qui semble de loin être des graines tapissent le bas côté; dans les champs voisins, les paysans s'affairent, de l'eau jusqu'aux mollets, courbés en deux pour atteindre la racine des plants.Le chauffeur, voyant notre intérêt pour les choses, s'arrête obligeamment, et va nous chercher le précieux contenu: c'est du riz!Il est encore dans sa cosse, que nous nous empressons maladroitement d'enlever, pour découvrir un grain de riz presque blanc, tout a fait prêt à la consommation!
Après avoir soigneusement rangé ces précieuses graines d'or, nous reprenons la route pour arriver quelques instants plus tard en vue de l'embarcadère où nous devons trouver notre bateau.Le bateau en question est constitué d'une sorte de paille solide tressée qui défini les courbes et les arceaux de notre habitation pour 3 jours. Le capitaine et un homme de l'agence de voyage nous accueillent avec forces révérences, et nous font visiter les lieux: à l'intérieur, 2 chambres, avec chacune une micro salle de bain;Une sorte de salon-salle à manger est constituée sur le pont. Le tout est en bois et plutôt joli.
Après validation de notre part, le bateau quitte donc le quai, et nous voilà partis pour 3 jours de balade sur les canaux, une noix de coco à boire à la paille chacun :)
Pendant ces trois jours, nous ne faisons pas grand-chose. Nous nous levons pour le petit déjeuner, préparé par le cuisinier du bateau, nous paressons sur le pont dans les fauteuils en regardant défiler les rives.Ces rives sont d'ailleurs riches en évènements et en tableaux colorés: de loin en loin, des femmes battent le linge avec une énergie qui force l'admiration;un homme qui prend son bain est méconnaissable sous le savon qui le couvre entièrement de blanc;le vendeur de crevettes de 50cm de long passe dans sa pirogue le long du bateau, nous montrant ses prises au passage, espérant s'attirer ainsi des clients généreux;des églises dressent fièrement de place en place leur clocher bleu ciel ou rose pâle;les enfants qui nous voient passer nous font de grands signes en nous adressant un retentissant 'Hi' souriant, auquel nous nous faisons toujours un plaisir de répondre sur le même ton;nous traversons lentement et silencieusement de grands lacs à la surface tranquille et imperturbable, sur laquelle se meuvent d'autres bateaux dont les occupants nous regardent avec autant de curiosité que nous les regardons.
Notre première nuit fût un peu plus agitée que les journées, et pour cause: une fois la nuit tombée, la lumière du bateau attirait bien trop d'insectes suceurs de sang français et autres paludismes ambulants; nous décidons donc de rentrer jouer aux cartes à l'intérieur;Nous allons donc dans la chambre des garçons, et nous installons tous pour jouer.L'heure avançant, vient le temps pour les filles de regagner leurs pénates, afin de profiter de la journée du lendemain.Je me lève donc pour sortir, et vais pour ouvrir la porte, quand, stupeur! un CAFARD me saut presque dessus! Et pas n'importe quel cafard, un cafard qui fait bien 10cm de long (sans mentir, il était bien gros), et qui malgré sa taille imposante, n'en est pas moins rapide, le bougre!Pour moi, pauvre fille des villes, le dégoût est immédiat! Je saute "élégamment" sur le lit en exhortant "calmement" les garçons à prendre leur rôle en main!La bataille fut longue, mais victorieuse pour Aurélie et Arnaud, qui nous ont courageusement sauvés d'une mort certaine à coups de tatane sur tous les murs de la chambre.Le répit fut de courte durée... Une fois l'agitation de la victoire retombée, et avec elle le silence, nous nous apercevons avec effroi que quelque chose (quelque chose de gros au vu du bruit), gratte au coin du mur extérieur, probablement dans l'espoir d'entrer par ce biais dans le bateau!
Il devient alors évident pour moi que si je veux rester en vie, il faut regagner notre chambre, et dormir vite avec les yeux fermés très forts...
Aurélie, comprenant bien que la peur me paralyse plus ou moins, prend son courage à deux mains et décide d'ouvrir la voie vers notre chambre.Elle fait quelques pas dans le couloir, et reviens rapidement avec les yeux grands ouverts, et un rire jaune au coin des lèvres..."Je crois qu'il y a quelque chose dans le couloir, j'ai marché sur un truc mou, puis dur, je crois que c'était une main!".
Bon.
Nous voilà bien.
...
Raisonnons: le mécanicien, ou le cuisiner, dors probablement dans le couloir, emmitouflé dans sa moustiquaire... Mais nous devons passer!Impossible bien sûr de l'enjamber, le couloir est très étroit ...Il nous faut donc le réveiller, et nous n'en sommes pas très fiers ...
Nous regagnons donc finalement notre chambre, un peu tremblantes, et installons rapidement la moustiquaire au dessus du lit, avant de nous coucher.La vision des cafards me hante encore, et je m'endors d'un sommeil agité... vivement le lever du soleil!
La seconde nuit se passe mieux; nous décidons de jouer dans notre chambre, histoire que ce soient les garçons qui aient à se déplacer cette fois ci.Pas de cafard à l'horizon, et nous nous couchons rapidement, chacun sauf chez soi.
Les repas durant ces trois jours sont divins! Le cuisinier nous prépare des plats de sa région, et il en fait beaucoup!Chaque déjeuner et dîner est composé d'au moins 3-4 plats de légumes cuisinés, jaunes, verts, rouges, de riz, de chips faits "bateau".L'aspect visuel est plutôt engageant, et le goût est simplement propice à un ravissement des papilles.Les petits déjeuners, quant à eux, sont plus frugaux que ceux auxquels nous sommes habitués depuis 2 mois: 2 oeufs durs, 4 tranches de pain de mie avec du beurre et de la confiture, des fruits, et du thé.Pour chaque repas, le bateau doit s'arrêter. Et à chaque arrêt, les enfants qui passent a proximité du bateau nous saluent timidement, avant de nous demander si nous n'aurions pas un stylo pour eux.Nous nous retrouvons bien bêtes de ne pas pouvoir répondre à cette demande si simple, et qui leur aurait fait tant plaisir... c'est juré, pour la "prochaine fois", nous aurons de quoi faire!
Nous avons la chance, pendant ces 3 jours, de n'avoir pas trop de pluie. Nous avons même parfois le plaisir de faire une sieste au soleil :)Lorsque le retour se fait sentir, nous sommes tous à la fois contents et un peu déçus de quitter un tel calme; cette garantie de farniente si paisible va certainement nous manquer...C'était notre dernier WE tous les 4 ensemble, et nous sommes malgré tout heureux que notre "cohabitation" se termine sur une aussi bonne note de détente :)
Le Kerala est vraiment une région magnifique, très verte, très tranquille, dont nous garderons un très "vif" souvenir! :)
A bientôt!
vendredi 7 novembre 2008
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