Ce matin, lever donc à 7h, pour profiter de la journée, a priori elle sera chargée.Petit déjeuner au restaurant de l'hôtel, celui dans lequel nous avons déjeuné hier midi ...C'est une sorte de petit restaurant un peu glauque, le genre d'endroit humide, un peu sombre, avec une arrière salle dans laquelle on nous envoie parce que nous sommes étrangers, et nous ne devons donc pas manger avec les chauffeurs et autres personnes de "rang inférieur".
(Petite parenthèse sur le sujet des castes: ici, tout le monde nous affirme haut et fort que le système des castes est aboli depuis longtemps. L'Inde est un pays évolué, et ces pratiques et ségrégations éculées n'ont plus cours ici;Ceci dit, nous constatons des différences de traitement flagrantes, non pas entre nous et d'autres, puisqu'en tant qu'européennes, nous sommes nécessairement traitées différemment; mais entre nos collègues, qui sont ingénieurs, et d'autres, comme nos chauffeurs des week end: JAMAIS les chauffeurs ne mangent avec nous, ils ne DOIVENT pas manger avec nous; par ailleurs, inutile de leur prévoir un lit dans l'hôtel où nous couchons: le chauffeur dort dans sa voiture!Un autre exemple quotidien: le personnel de sécurité et le personnel d'entretien de l'entreprise: ils sont très nombreux, je pense qu'on peut établir un ratio à environ 1 pour 10 employés;Personne ne leur dit jamais bonjour, on ne les regarde pas, on ne les considère pas; on leur parle uniquement pour leur ordonner de refaire telle ou telle tâche dont ils se sont mal acquittés, appréciation laissée à la discrétion de l'ingénieur en question.En bonnes étrangères dans ce grand pays, nous avons aimablement salué les 10 gardes qui nous ont fait signer les 5 registres de sécurité chaque matin la première semaine; Arrivant un peu plus tôt que la majorité des employés, nous avons donc aussi salué le personnel d'entretien que nous croisions...Force nous a été de constater que nous sommes bien les seules à saluer tous ces gens!Peu importe dans le fond, ça n'est pas perdu, et il semble même que ça leur fasse plaisir au moins autant qu'à nous alors ....A part ce genre de comportements, aucune caste résiduelle à l'horizon!)
Bref, dans l'arrière salle aux murs rouge brique passé depuis 1 siècle, sous les vieux ventilateurs qui couinent, nous prenons notre petit déjeuner, pas vraiment rassurées, un peu obnubilées par le manque d'hygiène apparent ...Heureusement, nous ne sommes pas seules, nos 2 amis indiens prennent soin de notre santé, et commandent donc des dosas (c'est une sorte de crêpe faite avec de la farine de riz ou de maïs, et cuite d'un seul coté), et des coca, encore en bouteille, non ouverts, non versés dans des verres.On s'en est sortis sans dommage, pas d'inquiétude! Mais pour le coup, nous avons vraiment apprécié la présence des garçons!
Suite à ces émotions, nous partons donc pour Hampi une nouvelle fois.Sur le trajet, c'est avec joie que nous constatons que la manifestation d'hier (qui nous avait obligés à emprunter un minuscule chemin boueux engoncé entre deux champs touffus de palmiers, sur lequel nous avons dû croiser d'autres véhicules au risque de terminer dans le fossé) est terminée, et nous découvrons la route "normale", nettement plus agréable que l'itinéraire de la veille.Sur le coté justement, un petit temple au milieu de nulle part attire notre attention: il est tout bleu, d'un bleu vif, et orné d'une multitude de petits personnages finement sculptés, très réalistes, aux couleurs vivantes, et qui semblent représenter les différentes scènes de liesse que provoque la venue au temple, puis les différents instants de la vie des dieux de l'endroit.C'est très mignon, c'est très beau, la journée culturelle commence bien!
Nous repartons donc, la tête déjà pleine de couleurs, le coeur en joie!Après quelques minutes de route au milieu des temples que nous avons traversés et visité la veille a pied, nous parvenons à un parking, où Ragu nous explique qu'il nous faut continuer par un autre moyen: les véhicules ne sont pas admis.Sans se démonter, nous prenons donc nos affaires (l'importance de bien faire son sac! Les randonneurs m'en diront des nouvelles!), et partons, confiants, a l'assaut de la culture historique hampirienne.Arrivés à la grille qui marque le début de l'empire piéton, nous sommes littéralement pris d'assaut par un groupe de guides touristiques (je vous jure, on les a bien vues, ils ont tous leur carte du ministère de la culture qui certifie qu'il faut les payer 500 rupee par tête!).Ayant bien sûr repéré le touriste à 500m (quoi, on ne fait pas couleur locale avec les appareils photo en bandoulière ?), ils s'empressent (c'est le mot, je crois) de nous vanter leurs services: impossible de nous passer d'eux et de leurs explications pertinentes si nous voulons profiter de la visite. Impossible de ne pas nous perdre s'ils ne nous accompagnent pas.Après tentative de marchandage, nous engageons donc l'un des guides pour nous faire découvrir les merveilles des lieux.
Nous commençons donc la visite par la traversée d'un ancien 'bazar', c'est a dire un ancien marché, où les commerçants locaux et de tous horizons venaient étaler leurs richesses en or et pierres précieuses, serties d'une multitude de façons, de tissus et soies somptueux, pour le plus grand bonheur des passants et des riches habitants de la ville.Il faut imaginer ça comme une sorte de grand couloir couvert, ouvert sur le côté, de plusieurs centaines de mètres de long, qui court de chaque côté de l'allée qui mène du temple d'Hampi à la statue de Nandi (le dieu vache, pour vulgariser), dans un alignement parfait.Ce bazar est maintenant 'squatté' par des commerçants qui ont ouvert leur échoppe sur le devant, et se servent des parties couvertes pour abriter leur famille (c'est leur maison quoi).Ceci dit, en passant au milieu de tout cela, avec les explications enflammées du guide, on n'a aucune peine à imaginer le tout!
Nous arrivons ainsi au pied d'une grande statue monolithique de Nandi, qui semble garder le pied de marches qui montent trop vite et trop haut pour qu'on puisse deviner vers quoi elles mènent, mais certainement un autre endroit enchanteur!Explication du guide: les petites maisons de garde qui sont disposées de chaque coté de l'escalier sont en fait d'anciennes maisons de douane: eh oui, il fallait payer pour pouvoir monter (vers quoi, nous ne savons toujours pas, mais peu importe)!Avec humour, il nous rassure: notre taxe à nous est incluse dans le prix qu'on le paye lui... HA HA HA ...Bref!Nous nous hissons en haut des escaliers, il commence a faire déjà chaud et nous frôlons les roches et les arbustes nichés entre, pour trouver un peu d'ombre.La dernière marche est encadrée d'une sorte d'arche, toujours dans l'alignement du bazar et du temple; elle abrite momentanément un petit groupe d'artistes peintres, qui s'appliquent a reproduire à l'aquarelle le tableau qui s'offre à nos yeux: le long enfilement du bazar, encadré d'une végétation luxuriante, menant en perspective au pied du temple, qui même vu d'ici est immense.Les couleurs s'harmonisent et se mélangent sur les toiles, le résultat est très fidèle ou très imagé, l'ensemble est plaisant!Nous continuons notre petite ascension entre les rochers qui sont devenus très imposants (comme un grand jeu de construction déposé là en vrac par une main de géant) pour s'arrêter devant un mini temple abritant une représentation du dieu Hanuman, le dieu singe.Nous contournons ce temple pour nous trouver tous sur un énorme rocher qui surplombe la vallée de l'autre coté, et qui nous laisse le souffle coupé.
Sous nos pieds s'étale un magnifique panorama: sur notre droite, un immense palais, du moins les ruines d'un palais, des portes duquel part un ancien bazar, plus grand que le précédent, et beaucoup plus spacieux.Sur les collines alentour nous pouvons apercevoir des structures de temples très nombreuses, mêlées aux amoncellements de rochers, dans un ensemble harmonieux, et baigné de soleil. L'espace d'un instant, on en oublie qu'on a bien trop chaud pour rester comme ça en plein soleil.Il n'y a personne dans ces vestiges, et de là où nous sommes, on se fait l'effet de découvrir un monde perdu depuis des siècles, et dont les merveilles ne demandaient qu'à être révélées à nos regards amateurs mais totalement conquis.Le guide nous explique que le palais, encaissé comme il l'est dans les montagnes, accessible uniquement par le bazar, était une place très forte, et de ce fait, extrêmement convoitée.La place est d'autant plus stratégique qu'elle dispose d'un accès à la rivière toute proche.Nous descendons cahin caha au travers des renforts naturels vers le palais qui nous attend en contrebas.L'intérieur est silencieux, chaud et sec, lourd d'une atmosphère pleine d'histoire, qui force le respect.La quiétude en est seulement rompue par deux lézards d'une taille impressionnante, et d'une couleur très vive (rouge et jaune éclatant), que notre passage éclair force à déranger de leur sieste au soleil sur les pierres chaudes et séculaires.Nous parcourons le bazar pour rejoindre le bord de l'eau sous le soleil de plomb. Pris dans un élan de folie, je tente de porter mon sac à la manière si distinguée des femmes indiennes (c'est à dire sur la tête en équilibre parfait).Le temps d'une photo, et c'est la dégringolade ... J'aurai au moins essayé :)
Au bord de l'eau, près d'un temple tout blanc, et entouré d'une dizaine d'enfants demandant une photo, le guide nous propose deux options pour la suite de la visite: continuer de monter a pied, ou voyager en bateau.Après légère concertation, le bateau fait unanimité (c'est à dire que nous, les filles, décidons que nous y allons en bateau).En fait de bateau, il s'agit d'une embarcation de 2m de diamètre, totalement ronde, imperméabilisée au pétrole, et clairement tressée à la main.Même pas peur (cf. les vidéos), nous montons dedans à 6 (les 2 filles, les 2 garçons, le guide, et le batelier), et nous nous installons pour 15 minutes de traversée paisible au soleil (15 minutes de coup de soleil).A l'arrivée, le batelier, soucieux de nous faire la totale touriste, se met à faire tourner frénétiquement le bateau sur lui même (c'est la marque de fabrique de ce genre de bateau, ils sont ronds, presque faits pour!), à une vitesse impressionnante!Heureusement, nous n'avons pas encore mangé, donc ça reste drôle :)
Le bateau nous dépose sur la berge, nous grimpons quelques mètres, et nous retrouvons tout près du temple final, la dernière étape sur notre route.Il s'agit d'un temple immense, qui abrite une particularité: un des bâtiments a été construit pour la bien aimée de son roi, qui était danseuse, paraît-il exceptionnelle. En son honneur, il a fait ériger une sorte de salle couverte, dont le plafond repose sur des dizaines de poteaux, qui ont la particularité de produire de la musique.A l'époque du roi et de sa danseuse de bien aimée, des dizaines de serviteurs créaient la musique sur laquelle elle dansait, uniquement à l'aide de ces poteaux, en tapotant dessus au rythme qui convenait.Encore aujourd'hui, le mystère de ces poteaux reste entier; ils ne sont pas creux, mais produisent bel et bien une musique particulière, des sons différents qui rappellent vraiment la musique de différents instruments, comme la cithare, ou les tam tams.Le guide nous fait une démonstration, c'est effectivement impressionnant, et on, imagine aisément la beauté du spectacle que ce devait être quelques siècles auparavant.Les architectes de ce temple ont été au bout de toutes leurs idées: ils ont également prévu un écoulement ingénieux des eaux de pluie, par un système très précis de micro gouttière (les trous sont plus petits qu'une pièce de 5 centimes), qui, non contents de permettre à l'eau de s'écouler, l'utilisait aussi pour produire différents sons harmonieux qui composaient une musique sur laquelle on pouvait danser.Ou l'art de transformer même un évènement fâcheux sur lequel on n'a aucun contrôle en une fête.
Au centre de l'enceinte de ce temple trône un chariot de pierre, symbole du véhicule sacré qui a amené le dieu en ces lieux. Il était originairement tiré par 2 éléphants et deux chevaux, mais de ces derniers ne restent que les sabots arrière.Il abrite un mini temple, symbole du passage de ce dieu.Comme dans tous les temples que nous avons visités jusqu'à présent, tous les murs sont finement sculptés et ornés. Le travail est impressionnant, et rend les lieux magnifiques, somptueux!
Il est impressionnant de voir combien de ces merveilles abrite encore l'Inde aujourd'hui, et dans un état de conservation totalement incroyable!
Nous regagnons la voiture des images plein la tête. Le retour se passe sans encombre (les petits interludes du trafic habituels, rien d'extraordinaire), nous parvenons sans difficulté à dormir un peu.Nous rejoignons l'hôtel à 1h30 passées ... il nous reste 6 heures de sommeil avant d'attaquer une nouvelle semaine.Mais nous ne retenons qu'une seule chose: Hampi et ses merveilles, qui continuent de nous faire rêver !!!!
Bisous.
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